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Hent ar brezhoneg – Voies bretonnes #1

Hent ar brezhoneg – Voies bretonnes 

 

Un podcast immersif de 20 minutes explorant le parcours émotionnel et transformatif des stagiaires ayant suivi une formation intensive en langue bretonne chez Stumdi.

 

Partons à la rencontre de Denis, ancien stagiaire de Stumdi, qui a entrepris d’apprendre le breton pour trouver un travail et obtenir la garde de ses enfants : Ecouter ici

 

« De base, je ne suis pas très scolaire, je me suis arrêté après le bac. Et les langues, c’était loin, loin, loin d’être mon fort. Je ne parlais pas anglais malgré 10 ans d’apprentissage. Donc je me suis dit, 10 ans d’apprentissage de l’anglais, je ne le parle pas. Là, en 6 mois, il faut que je sois bilingue. Ça risque d’être compliqué. »

Je m’appelle Lily Jeanne, j’ai 22 ans. Je parle breton depuis petite et ce n’est pas un choix que j’ai fait, je dirais plutôt un héritage. Mais il y a des personnes qui choisissent d’apprendre cette langue qui est en grand danger. Aujourd’hui, je vais à la rencontre de Denis, qui fait partie de ces personnes. J’aimerais savoir ce qui l’a attiré vers elle. Denis, c’est un ami de mes parents. C’est une personne drôle, toujours à vouloir faire rire la galerie. Mais sous ses allures de clown se cache une espèce de géo-trouve-tout, de génie du bricolage et de très sensible.

Alors là, j’arrive chez Denis Gouin. Il habite dans une petite ruelle descendante de Locmiquelic. Et je vais pouvoir toquer chez lui.

 » – Oui ? Salut, Lily !

– Salut ! Ça va ?

– Ça va et toi ?

– Nickel. Tu es là pour l’enregistrement ?

– Oui.

– Ok, ça roule. On va se préparer ça, on va faire un petit café, on va aller dans le jardin. On est bien ?

– C’est parti.

– Nickel. Allez, on prend ta tasse et on descend. Je m’appelle Denis Gouin, j’habite à Locmiquelic dans le Morbihan et j’ai fait une formation de 6 mois à Stumdi en 2012.J’ai toujours été intrigué par le breton depuis que je suis minot, depuis que je regarde Fañch Broudic sur France 3 Bretagne, sachant que moi historiquement et originellement, je suis d’un petit bled qui s’appelle Louvigné du Désert, à côté de Fougères. Donc on est vraiment sur la frontière, sur ce qu’on appelle les trois provinces chez nous, entre la Bretagne, la Normandie et le Maine. Mais on captait quand même France 3 Bretagne, et j’entendais un vieux monsieur avec une grosse barbe qui m’intriguait beaucoup, qui parlait une langue que je ne comprenais pas, et je me suis dit qu’en écoutant beaucoup très fort, j’allais comprendre tout seul. Mais ça ne marche pas.

Je n’avais aucun autre lien avec le breton que ça. À la bibliothèque municipale de Louvigné, j’avais emprunté des recueils de poésie en breton. Et il y a un poème, c’est « Un amzer gozh… ». Que j’avais retenu, je l’avais appris par cœur. Alors, il y avait la traduction en français à côté, donc je voyais à peu près de quoi ça parlait, mais…

Là-dessus, moi j’ai grandi, j’étais au lycée, je me suis retrouvé avec un camarade de classe qui s’appelait Meriadeg. Il n’était pas bretonnant, mais pareil, il s’intéressait à la Bretagne, le côté un peu militant. J’avais mon petit drapeau breton, j’avais mon petit triskel en coup de fer à cheval comme tout le monde, avec le petit lien de cuir. Enfin bref, j’ai laissé un peu ça de côté, et à un moment donné dans ma vie, j’ai eu deux enfants, et accident de la vie, je me suis séparé de la maman de mes deux garçons. Et comme je travaillais tous les mercredis, le soir, les samedis et les vacances, c’était pas du tout compatible avec un mode de garde. Donc du coup, j’ai tout arrêté en 2012 pour faire Stumdi. J’ai passé en même temps, sur les mêmes six mois, j’ai passé Stumdi et j’ai fait une licence puisque j’avais qu’un bac. Et je me suis dit avec une licence et en parlant breton, je vais trouver un job d’enseignant à Diwan et du coup, j’aurai des horaires beaucoup plus compatibles avec mes enfants. Je pense que dans ma problématique, j’avais besoin d’un job qui embauchait. C’est ce qui m’a paru le plus simple. Et je me suis dit, ça va être facile, je vais pouvoir prendre le temps de faire ça. Et il s’avère que j’ai eu la garde, une semaine sur deux. Le tout avec peu de revenus, puisque je me suis mis au chômage pour pouvoir faire cette formation-là. C’est un petit peu un pari, j’avais pas le… Je ne pouvais pas me louper, parce que si au bout des 6 mois je n’arrivais pas à refaire un job qui me permettait de refaire des sous, ça allait être compliqué. Et tout s’est très bien passé, spoiler alert, mais c’était un peu intense, parce que passer d’un bac à une licence en VAE sur 6 mois avec un apprentissage au quotidien du breton, c’était un petit peu rigolo.

Et la formation en elle-même, c’était des petites équipes, on était une douzaine, Comme j’avais un entourage qui parlait breton, je pouvais potasser un peu le soir avec eux autour d’une bière. Donc ça, c’était un premier pas facilitant dans l’apprentissage. À partir du moment où je me suis mis au breton, à partir du moment où j’ai compris les mécanismes d’une langue, à savoir, le premier truc à ne pas faire, c’est essayer de comprendre tous les mots. c’est juste écouter la conversation, choper ce que tu as besoin et dans le contexte, tu arrives à suivre à peu près et rebondir. Quand j’ai appliqué ça à l’anglais, sachant que j’avais tout le vocabulaire et toute la grammaire, je me suis mis à vachement mieux comprendre l’anglais. Sans avoir besoin de le réviser. Ça m’a débloqué le super pouvoir de parler plusieurs langues. J’ai ce mécanisme qui fait que… Quand je suis dans une langue, j’essaie de comprendre la langue, mais je ne suis pas en permanence en train de traduire ce que je dis. Je bascule sur une langue et je comprends au moins dans les grands traits ce qu’ils se disent.

J’ai fait la formation avec une copine, Laurence. Je n’étais pas tout seul dans le truc. Après, j’ai un apprentissage assez particulier. Si je prends l’exemple de Laurence, qui est quelqu’un de très studieux, qui avait des jolis cahiers bien écrits avec toutes les petites fiches, tout ce qui allait bien. Moi, j’étais vraiment que dans l’écoute et j’écrivais quasiment rien. Et j’étais vraiment dans l’échange. Et comme je pouvais aussi, le soir ou le week-end, retranscrire ça avec les copains qui parlaient breton, ça m’a permis d’asseoir un peu tout ça. Et voilà, la formation s’est passée tranquille comme ça.

Donc j’ai eu ma licence en VAE, au bout de six mois, et j’avais les bases pour parler breton. Je ne dis pas que j’étais totalement bretonnant, mais j’avais les bases. Et suite à ça, de par mon réseau, je me suis retrouvé à « kasour », au lycée Diwan, pion au lycée Diwan, au niveau de l’internat. Et du coup, j’ai fait deux ans de pionica là-bas. Mon travail, essentiellement, c’était de gérer les lycéens sur toute la partie internat. Je suis arrivé et la première journée ou la deuxième journée où je suis arrivé, on a fait une réunion et il me manquait beaucoup de vocabulaire professionnel. On avait quand même beaucoup d’accents différents aussi. Par contre, quand tu es dans ton domaine professionnel, à un moment donné, tu apprends relativement vite. Moi, je me souviens que la première réunion, ça parlait d' »eur edlet ». Je ne comprenais pas trop ce que c’était, les « eur edlet » . J’ai demandé une explication, mais comme ils sont sympas, ils m’ont fait toute l’explication en breton, forcément. J’ai essayé de suivre, j’ai essayé de prendre le contexte. Le soir, le premier truc que j’ai fait, c’est prendre mon dictionnaire et essayer de retrouver ce que ça voulait dire, ce fameux « Edlet ». Et quand j’ai compris que c’était les heures dues, et c’était l’organisation de ces heures-là, comment est-ce qu’on allait pouvoir les répartir sur l’année. Et effectivement, je me suis rendu compte que je m’étais fait, pas avoir, mais j’avais pris tous les trucs qui étaient un peu craignos sur les heures un peu merdiques que tu fais en fin de semaine ou en début de machin. C’est quand même hyper important de bien comprendre quand tu es dans le domaine professionnel. L’avantage aussi, c’est que c’était avec des lycéens. Et les lycéens, si tu ne leur réponds pas du tac au tac, vu que tu es là pour faire de l’autorité, entre parenthèses, et de faire de la surveillance, tu te fais entourlouper dans tous les sens si tu ne maîtrises pas le truc. Effectivement, tu apprends très vite à… à comprendre ce qu’on dit, à pouvoir répondre du tac au tac. Et c’est ce qui m’a permis d’asseoir la langue. Autant avec la formation, j’avais toutes les bases techniques et théoriques, autant j’ai appris le parler avec les lycéens.

Comment je le pratique ? Au niveau de mes enfants, j’ai une fille de 6 ans, qu’on n’arrête pas d’entendre, qui joue et qui fait du bruit pendant qu’on enregistre, Anouck; qui est dans une classe bilingue. Je lui parle régulièrement en breton, je ne lui parle pas qu’en breton, mais j’essaie régulièrement de lui parler en breton. La difficulté, c’est qu’on est à Locmiquelic, l’instit parle un vannetais local du coin très pointu ce qui est super mais du coup je me fais reprendre toutes les dix minutes parce que je prononce pas correctement quoi : un « N’eo ket gwir » ça passe pas quoi alors qu’un « N’eo ket gwir » ça passe tout seul ouais. J’ai toujours des camarades qui le parlent, donc j’ai, pas une pratique quotidienne, mais j’ai au moins une conversation par semaine en breton facile. Et chose très rigolote, c’est que dans le cadre de mon travail, j’ai un petit jeune qui a été recruté il y a deux ans maintenant, qui s’avère être un ancien lycéen que j’ai eu quand j’étais « kasour ». Et quand il est rentré dans mon bureau pour se présenter, il m’a vu et et ça a switché direct au breton. Et du coup, avec lui… Alors malheureusement, il n’est plus en poste maintenant, mais avec lui, pendant toute la période où on travaillait ensemble, quand on avait une conversation entre nous les deux, c’était quasiment que du breton. Que ce soit par mail, par SMS, par… Toutes les conversations écrites qu’on avait, c’était en breton. On avait très très peu d’interactions en français. Sauf quand il y avait une tierce personne qui ne parlait pas le breton et qui avait besoin que la tierce personne puisse… puisse le comprendre.

Je lis aussi beaucoup d’histoires à ma fille, ce qui me permet de récupérer du vocabulaire, parce qu’à force on parle moins, on perd du vocabulaire. Le vocabulaire ne vient plus aussi rapidement qu’il pouvait venir à l’époque où je travaillais au lycée. Et surtout sur des mots de vocabulaire très très spécifiques. Donc dans les contes pour enfants: licorne, je ne savais pas le dire par exemple. Dans une histoire, je suis tombé sur « pod bronnek ». Ça m’a fait rire. C’est le biberon. Et quand je suis tombé sur le mot, tout de suite, ça parle, mais… Dans l’histoire, il y avait « pod bronnek », tu te rappelles ?

– Est-ce que tu as une expression ou un mot pour résumer ton expérience ?

– C’est un mot précis, c’est « belek », ce qui est assez rigolo. « Belek », c’est un mot qu’utilisaient tous les lycéens à Diwan pour dire « fiskal » quoi, super. Et c’est ça qui était chouette avec les lycéens, c’était surtout qu’ils avaient une pratique de la langue très vivante avec plein de mots qu’ils inventaient. Donc il y a plein plein de termes qui étaient propres à, je pense que c’était très très local, c’était propre au lycée Diwan et à une époque précise. Globalement, avec le breton, ce que j’ai trouvé super, c’est que c’est une langue qui te permet de créer des choses. Quand on parlait de « pod bronnek » tout à l’heure, bronnek, c’est le sein, pot, c’est le « pot à sein », si on pourrait traduire ça comme ça. Moi, je ne connaissais pas ce mot, mais je l’ai lu, ça m’a parlé et je l’ai compris direct. Et il y a plein de mots comme ça qui reviennent, il y a plein de situations et je trouve ça chouette. C’est aussi ça qu’on quand je lis du breton, quand j’apprends du truc, sur les animaux. Il y a toujours cette espèce de langue très imagée et il y a toujours des choses à découvrir qui me plaisent beaucoup. Donc si j’avais un mot, ça serait « Belek ».